SARA2019 – Eugène Kremien : Aujourd’hui, l’hévéaculture est un atout pour la Côte d’ivoire mais aussi pour le monde

Premier producteur d’Afrique de caoutchouc naturel, la Côte d’Ivoire compte participer activement à la politique de reforestation engagée. Eugène Kremien, président de l’Association des professionnels du caoutchouc naturel de Côte d’Ivoire (Apromac), explique à CommodAfrica lors du SARA2019 quelles sont les mesures prises pour y parvenir. Il réitère également la volonté de son association de retrouver un niveau de 100% dans la première transformation dans la production de caoutchouc naturel.

La Côte d’Ivoire ambitionne de reconstituer 20% de son couvert forestier à l’horizon 2030. Comment la culture de l’hévéa peut y participer ?

Aujourd’hui, l’hévéaculture est un atout pour la Côte d’ivoire mais aussi pour le monde. En Côte d’Ivoire, au lendemain des indépendances nous avions près de 13 millions d’hectares de forêt aujourd’hui nous en avons à peine 2,5 millions d’hectares. Il nous faut reboiser et la meilleure façon de le faire c’est de planter de l’hévéa. L’Apromac a initié des opérations de soutien à la création de plantations et ces plantations qui viennent d’être créées sont faites à partir des jachères. Donc, nous nous attaquons pas aux forêts classées. Nous récupérons ce qui a été dégradé par les autres et nous les transformons en forêts. La première action est donc le reboisement par la plantation d’hévéas. Deuxième action, dans les zones dite marginales – c’est à dire quand vous quittez la zone forestière pour aller vers la savane arborée – si initialement nous ne faisions pas d’hévéa dans ces zones car la hauteur de pluie n’était pas jugée suffisante pour donner des résultats satisfaisants– nous y allons et lorsque nous faisons entre 500 et 1000 hectares d’un seul tenant, nous créons un microclimat qui permet d’augmenter les hauteurs de pluie dans la zone. Et autour de ces plantations, vous permettez ainsi à d’autres spéculations de se développer. Et le troisième volet est que l’hévéa est le meilleur capteur de CO2 et on rejette de l’oxygène. Je recommande même des plantations d’hévéa autour des villages pour purifier l’air ambiant. Nous luttons contre l’effet de serre et tout ce qui dégrade l’environnement. Et enfin nous avons les revenus tirés à partir de l’hévéa.

Il faut ajouter que pour les nouvelles plantations, nous exigeons en interligne des cultures vivrières pendant toute la durée de la pousse des arbres, soit environ 4 ans. L’association de l’hévéa avec des cultures vivrières permet de résorber la question d’autosuffisance alimentaire en milieu rural mais pas que cela. Nous voulons l’associer à autre chose. Et donc sur les grands domaines d’exploitation agricole, nous voulons réserver entre 5 et 10% de la superficie à la culture vivrière. Aujourd’hui en Côte d’Ivoire, nous avons un manque de main d’œuvre agricole. Or, en ajoutant des cultures vivrières nous allons attirer des ouvriers sur la plantation et les sédentariser en quelque sorte sur site.

Alors que la Côte d’Ivoire transformait 100% de son caoutchouc naturel il y a quelques années, elle exporte aujourd’hui des fonds de tasse. Comment expliquer ce retournement ?

En 2011, le cours de l’hévéa est monté en flèche sur la bourse de Singapour, à un niveau jamais égalé, et l’Etat de Côte d’Ivoire à la recherche de ressources a taxé les producteurs de caoutchouc. Sauf que le mode de prélèvement que le gouvernement a mis en place n’était pas adapté. Au lieu de taxer le résultat, l’Etat a taxé le chiffre d’affaires. Nous avons attiré l’attention du gouvernement mais nous n’avons pas été compris à cette époque et l’Etat a prélevé plus qu’il ne fallait au point que les entreprises n’avaient plus de cash flow pour réinvestir. Or, pendant ce temps, j’avais engagé un combat pour le développement de l’hévéaculture. Ce qui a été fait. Mais au moment où la production est arrivée, non seulement les cours ont baissé, mais faute d’autofinancement les capacités d’usinage n’ont pu être augmenté. Aujourd’hui nous sommes à 550 000 tonnes de capacité d’usinage et nous ne transformons qu’environ 70% mais il y a quelques années nous étions à 100%. Les prélèvements conjugués à la baisse des cours ont réduit à une peau de chagrin la trésorerie des entreprises et ouvert la brèche aux exportateurs de fonds de tasse.

Dans un pays comme la Côte d’Ivoire, on produit et on doit transformer, avoir de la valeur ajoutée pour l’économie nationale et puis exporter des produis finis et non exporter la matière brute qui enrichit le sud-est asiatique. Aujourd’hui, certaines autorités administratives ont une oreille attentive. J’espère que des décisions seront prises après les annonces pour développer l’usinage du caoutchouc (Lire nos informations). Nous attendons les décrets et les arrêtés d’application. Je suis comme Saint Thomas je ne crois qu’à ce que je vois. Nous devons nous assurer que 100% de la matière première brute est transformée sur place. Ensuite, on passe à la deuxième transformation. Nous avons identifié à peu près 30 000 produits finis issus du caoutchouc naturel ! Notre requête au gouvernement est de mettre en place un code des investissements attractif qui permette aux Ivoiriens d’investir, de transformer et ne vendre que des produits finis à l’extérieur. Nous fabriquons déjà des matelas. Espérons que le caoutchouc soit aussi utilisé pour construire des routes comme en Asie.