Madagascar, quand le maillot prend

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À une époque où le design des maillots de foot s’est imposé comme un enjeu pour les clubs, les sélections et surtout les supporters, il ne faut pas oublier que les liquettes sont aussi sources de galères pour les plus pauvres. Pour beaucoup, il n’est pas question d’accumuler les sponsors ou d’être original, mais tout simplement d’avoir le droit à une tenue correcte pendant les matchs. Madagascar a longtemps connu cette problématique, obligeant le capitaine Faneva Andriatsima à donner de son énergie pour habiller son équipe ces dernières années et faire en sorte de commercialiser les maillots. « On n’avait pas d’équipement, comme des maillots dignes de ce nom, mais nous avons autofinancé tout ça » , expliquait le sélectionneur Nicolas Dupuis à l’AFP en novembre 2018.
« J’ai commandé 200 maillots de la sélection nationale à Adidas. Des maillots verts et des maillots rouges. J’ai négocié un tarif pour un achat groupé, détaillait Andriatsima pour So Foot en juin 2017. On va essayer de les vendre sur Internet, en France et en Europe au prix de 38 euros. Et on va voir comment le faire à Madagascar, mais à un tarif moins élevé, entre 15 et 20 euros. Ainsi, les bénéfices serviront à aider les sélections nationales qui en ont le plus besoin. » Mais les recherches ont fini par user le joueur emblématique des Barea, qui a finalement réclamé à la présidente de la Fédération de trouver un équipementier au début de l’année 2019. Six mois plus tard, la mission est accomplie et Madagascar s’apprête à jouer dans sa tunique verte un quart de finale de Coupe d’Afrique des nations. Une certaine idée du chemin parcouru.

Garman of the year


La bonne nouvelle est tombée le 27 avril dernier lors d’une annonce officielle de Béatrice Attalah, la présidente du Comité de normalisation de la Fédération malagasy de football : la marque italienne Garman, basée à Brescia, sera l’équipementier officiel de Madagascar pour la CAN et même jusqu’à la fin de l’année 2019, selon les termes du contrat. La preuve que la sélection nationale est entrée dans une nouvelle dimension après avoir décroché une première qualification historique pour un tournoi continental ou international (en dehors de la Coupe COSAFA). Mieux, Garman, équipant aussi le Burundi, ne s’est pas moqué des Malgaches en rendant hommage à la culture du pays en floquant des symboles sur chaque tunique : « l’avinala » , l’arbre symbolique de Madagascar, « l’Aloalo » , un ensemble de bois sculptés ornant les tombeaux chez les Mahafaly, au sud de l’Île et le fameux zébu. Ainsi, l’équipementier italien a d’abord produit un petit millier de maillots pour satisfaire les supporters à l’approche de la compétition en Égypte.

Et les Malgaches n’ont pas attendu l’incroyable parcours des Barea pour se ruer sur les nouveaux bijoux du pays. « Avant, personne ne calculait l’équipe ici, se rappelle Renaud Rianasoa Raharijaona, journaliste chez Orange Actu Madagascar. Puis, il y a eu cette qualification pour la CAN qui a donné conscience aux gens qu’ils venaient de réaliser quelque chose d’historique. » Sauf que l’achat d’un maillot de foot n’est pas une évidence pour tout le monde dans un pays où le taux de pauvreté s’élevait à 74,1% de la population en 2018, selon la Banque mondiale. « Le maillot est vendu à 80 000 ariary, soit environ 20 euros, éclaire Renaud. Ce n’est pas très cher comparé à d’autres équipements officiels, mais ça l’est pour une grosse partie de la population où le salaire moyen mensuel vacille entre 25 et 50 euros. » Mais cela n’a pas empêché les ruptures de stock.

Pas le même maillot, mais la même passion

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Dans la capitale Antananarivo, comme partout ailleurs dans le pays, les maillots se sont vendus comme des petits pains ces dernières semaines. Et le parcours des nouveaux héros a convaincu le reste de la population, pas vraiment fan de foot habituellement, à s’habiller aux couleurs des Barea. « Après la victoire contre le Burundi, les non-footeux ont rejoint les rangs et tout a basculé. Ce n’est plus une histoire de football, c’est une histoire de fierté nationale, d’union, d’amour pour la patrie et pour ces joueurs, se réjouit Renaud. Ce parcours a réveillé le patriotisme de beaucoup de gens. » Mais il a aussi réveillé le marché des contrefaçons, explosant face à la demande grandissante à Madagascar, où tout le monde veut désormais se procurer la liquette malgache.
Une pratique récemment condamnée par le Comité de normalisation, sachant que les prix sont beaucoup moins élevés (45 000 ariary pour certains, soit 10 euros) et que la frontière est parfois mince entre le vrai et le faux. « La non disponibilité des maillots officiels aidant, la nature ayant horreur du vide, des petits malins ont en effet profité du contexte pour importer des maillots venus de Chine ou impriment même directement sur des tuniques vierges, détaille Renaud. En même temps, dans un pays où la consommation de maillots de grosses équipes européennes (Barcelone, Real, PSG…) est une mode avec des prix à 6,25 euros, les 20 euros du maillot officiel ne passent pas. Et si une partie de la population préfère attendre une nouvelle commercialisation, les autres ne sont pas dérangés par les fakes. Et je ne parle même pas des maillots avec l’écriture Barea et le logo des Chicago Bulls… » En attendant, trois cartons de tuniques ont été vendus aux supporters malgaches présents à Alexandrie, le 7 juillet, à l’occasion du huitième de finale contre le RD Congo, et environ 2000 ont été mises en vente ces derniers jours en France. À Antananarivo, les malheureux peuvent toujours se consoler avec des portes-clés, des casquettes, des colliers ou même des sandales aux couleurs des Barea, afin de se préparer à un nouvel exploit, ce jeudi soir (21 heures), face à la Tunisie en quart de finale. Car une chose est sûre : cette sélection de Madagascar n’a rien d’une contrefaçon.

Par Clément Gavard Propos de Renaud Rianasoa Raharijaona recueillis par CG

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