L’épidémie de peste pulmonaire de 2017 à Madagascar caractérisée par les chercheurs

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TANANARIVE – La peste est une maladie endémique à Madagascar. Elle présente chaque année une recrudescence saisonnière entre le mois de septembre et le mois d’avril, surtout sur les Hautes Terres centrales situées à plus de 800 m d’altitude. En 2017, une épidémie de peste pulmonaire sans précédente a sévi dans la grande île, touchant principalement la capitale Antananarivo et Toamasina, principal port de l’île. Des chercheurs de l’Institut Pasteur de Madagascar et de l’Institut Pasteur à Paris, en collaboration avec le Ministère de la Santé Publique Malagasy, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et des experts internationaux ont décrit l’ampleur de l’épidémie de peste pulmonaire 2017 à Madagascar ainsi que la dynamique de sa transmission. Les résultats de cette étude sont publiés dans la revue The Lancet Infectious Diseases (DOI : 10.1016/S1473-3099(18)30730-8) le 28 mars 2019.

L’analyse des chercheurs révèle une dominance de la forme pulmonaire qui représente 78% des 2414 cas suspects cliniques notifiés, le nombre de cas confirmés ou probables de peste pulmonaire doublant en moyenne tous les 5 jours après la phase initiale de l’épidémie.

200 à 700 cas suspects cliniques chaque année

La peste, considérée comme une maladie du passé dans d’autres pays, est une maladie endémique à Madagascar, avec 75% des cas mondiaux de peste signalés à l’OMS. Madagascar enregistre chaque année 200 à 700 cas suspects cliniques, principalement de la peste bubonique. Zoonose touchant surtout les zones rurales des Hautes Terres centrales à plus de 800 m d’altitude, elle présente chaque année une recrudescence saisonnière entre le mois de septembre et le mois d’avril. Entre août et novembre 2017, une épidémie urbaine de peste pulmonaire y a été déclarée.

Près de 2500 cas déclarés ou suspect en 2017

L'épidémie de peste pulmonaire de 2017 à Madagascar caractérisée par les chercheursÀ l’origine de cette épidémie, un patient décédé de détresse respiratoire pendant qu’il voyageait en taxi brousse entre les Hautes Terres centrales et le port de Toamasina sur la côte Est du pays. Cette épidémie était inhabituelle de par son ampleur (près de 2500 cas déclarés ou suspect), la date du début de l’épidémie et sa distribution géographique, touchant principalement deux grandes villes, la capitale Antananarivo et la ville portuaire de Toamasina.
Dans le cadre du Programme National de Lutte contre la Peste de Madagascar, chaque cas suspect clinique de peste doit être déclaré au Laboratoire Central de la Peste du Ministère de la Santé Publique (LCP, situé à l’Institut Pasteur de Madagascar, Antananarivo), où sont enregistrées toutes les informations cliniques et épidémiologiques. La confirmation des cas suspectés de peste par les analyses biologiques y est également réalisée.
À partir des cas notifiés du 1er août au 26 novembre 2017 (date officielle de fin de l’épidémie de peste pulmonaire), les détails épidémiologiques, sociodémographiques, les caractéristiques cliniques et la létalité ont été estimés par les chercheurs de l’Institut Pasteur de Madagascar, de l’Institut Pasteur à Paris et leurs collaborateurs.
Durant cette épidémie à prédominance urbaine, 2414 cas suspects cliniques ont été déclarés, parmi lesquels un quart ont été classés comme des cas de peste confirmés ou probables.

Forme pulmonaire dans 78% des cas

Une dominance de la forme pulmonaire qui constitue 78% des cas déclarés a été observée. Le nombre de cas confirmés ou probables de peste pulmonaire doublait en moyenne tous les 5 jours entre le 13 septembre et le 9 octobre 2017. Le taux de létalité était plus élevé chez les cas confirmés de peste pulmonaire (25% ; 8/32) et de peste bubonique (24% ; 16/66). Antananarivo, la capitale et Toamasina, le principal port de l’île, ont été les plus touchés par cette épidémie de peste pulmonaire.

Depuis les vingt dernières années, le pays n’avait été confronté à une épidémie d’une telle ampleur. Plusieurs défis ont été relevés, non seulement au niveau de la riposte par les autorités sanitaires du pays, pour les activités du LCP, mais aussi en ce qui concerne la gestion et l’analyse des données épidémiologiques par les équipes de l’Institut Pasteur de Madagascar.

Dans l’ensemble, cette épidémie a souligné les risques de réapparition de la peste pulmonaire en zone urbaine ainsi que son extension rapide. Les leçons tirées de cette épidémie sur le diagnostic clinique et biologique, la définition des cas, la surveillance et la gestion de la réponse constitueront une base importante pour améliorer les investigations à venir et la réponse à une épidémie à Madagascar ou ailleurs dans le monde.

Le 17 avril 2019. Sources : communiqué de presse de l’étude. Référence : Epidemiological characteristics of an urban plague epidemic in Madagascar, August-November, 2017: an outbreak report, The Lancet Infectious Diseases, 28 mars 2019 (DOI: 10.1016/S1473-3099(18)30730-8). Photos : © Copyright Creapharma

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